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Comment observer les papillons de nuit ?
Partie 1

L'observation des papillons de nuit est un passe temps passionnant qui peut vite devenir addictif. Outre les problèmes d'identification, j'ai mis longtemps avant de m'y mettre car je ne savais pas quel matériel utiliser ni où le trouver. Avec internet, il est aujourd'hui très facile de s'équiper. Je ne vais pas présenter de manière exhaustive toutes les méthodes possibles pour observer les papillons de nuit, mais simplement présenter mon matériel et les méthodes que j'utilise en commentant leur efficacité. Je discuterai également de quand et où observer les papillons de nuit et quels facteurs favorisent ou contrarient leur observation.

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Figure 1 : Une sortie fructueuse de fin février 2012. Près de 200 papillons sont venus sur la lampe !

L'attraction lumineuse

Les lampes

La première méthode et probablement la plus connue du public est l'attraction lumineuse. Il est établi que la lumière, en particulier ultra-violette, attire les papillons. La raison de cette attraction n'est pas totalement comprise mais elle est efficace sur beaucoup d'espèces. Le type de lampe qui fournit le plus gros rendement, tant en nombre d'individus qu'en nombre d'espèces attirées par nuit d'observation, est incontestablement la lampe à vapeur de mercure. Elle existe en différentes puissances de 80, 125W et même 400W. Il existe des modèles qui se branchent sur ballast et d'autres qui se branchent directement sur la prise de courant. Ce dernier type a l'inconvénient de fortement chauffer et d'exploser au moindre contact avec la pluie, tandis que les premières sont plus résistantes. Dans tous les cas, ballast ou pas, les lampes à vapeur de mercure nécessitent une source d'électricité en 220V et sont très gourmandes en énergie compte tenu de leur puissance. Elles nécessitent donc soit de rester à proximité d'habitations, soit d'utiliser un groupe électrogène. Je n'ai jamais franchi le cap de m'équiper avec ce type de matériel en raison du prix d'un bon groupe électrogène, du bruit du moteur et du poids de l'ensemble.

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Figure 2 : Mon duo tube actinique 8W (bleu clair) et tube lumière noire 8W (sombre).

Pendant plusieurs années, je me suis contenté d'utiliser des tubes fluorescents de 8W. J'en utilise deux types différents qui émettent tous deux des UV-A : tube actinique (couleur bleue peu discrète la nuit) et tube dit "lumière noire" (couleur noire lorsqu'il est éteint, bleu sombre lorsqu'il est allumé). Ils existent en différentes puissances de 6 à 40W (tubes circulaires). L'efficacité des tubes de 6, 8 et 15W est assez similaire. Ils se branchent via un petit montage électronique sur une batterie 12V continu. Lors de l'utilisation d'un tube de 8W, une batterie de 12V et 7Ah (environ 2,5kg) assure une autonomie de 8-9 heures (théoriquement 10h30 avant décharge complète). Je conseille de retirer les protections étanches (en plastique transparent) des tubes fournies avec certains kits de branchement du commerce, car elles jaunissent en quelques années et je les soupçonne de bloquer au moins une partie du rayonnement UV. Il est possible de remplacer les branchements par des douilles étanches vendues dans les commerces aquariophiles et de mettre le système électronique dans un petit boîtier étanche. Les tubes restent alors nus et on profite de la totalité de leur rayonnement. Les montages du commerce coûtent souvent cher. Si vous avez l'âme d'un électronicien, vous pouvez réaliser le montage électronique vous même. Il en existe plusieurs montages différents publiés sur internet. Un exemple de circuit électronique est disponible ici. En cherchant sur les sites d'annonce, il est parfois possible de trouver des circuits tout fait pour une somme modique (chercher les kits pour tubes fluorescents 12V pour camping car).

Au départ, j'utilisais un seul tube actinique de 8W. Au bout d'un an, je l'ai combiné avec un tube "lumière noire" de 8W. Cependant, je ne saurai dire si l'utilisation couplée d'un tube lumière noire et d'un tube actinique augmente le rendement. L'ensemble est branché sur une batterie 12v, 7Ah (environ 2,5kg) si je ne reste que 4 ou 5 heures (autonomie de 5h30 avant décharge complète) ou sur une batterie de 12V, 12Ah (4kg) si je décide de passer la nuit complète (autonomie de 9h avant décharge complète).

Le rendement des tubes actiniques 8W atteint généralement moins de 50% d'une lampe à vapeur de mercure de 125W, mais ce système a l'avantage d'être très facilement transportable n'importe où, y compris au fin fond de la forêt amazonienne ou en haute montagne, et d'être totalement silencieux. Je peux donc entendre tout ce qui se passe autour de moi (passage de chevreuil, activités des petits mammifères tels que hérissons, fouines, rongeurs, etc..., chant des chouettes et hiboux, du rossignol, etc...) et il m'arrive même souvent de recevoir la visite d'un chevreuil curieux à une distance de seulement 4 ou 5m, qui se demande ce que peut donc être cette lumière bleue... Le plus faible rendement des tubes actiniques ne les disqualifie absolument pas face aux lampes à vapeur de mercure car ils n'attirent pas exactement les mêmes espèces ni les mêmes individus. Les deux sources d'éclairages sont donc complémentaires.

Depuis quelques années, je suis devenu un fervent adepte des lampes fluorocompactes (CFL). On peut utiliser les modèles actiniques ou lumière noire d'une puissance de 15 à 25W. L'utilisation d'un convertisseur 12V continu vers 220V alternatif permet de les utiliser sur batterie. J'utilise une lampe Wemlite CFL BL350 de 20W depuis plus de trois ans avec de très bons résultats. D'un point de vue luminosité, elles n'ont rien à voir avec les tubes actiniques de 8W et sont comparables à une lampe à vapeur de mercure de 90W je pense. Je dirai que l'efficacité des CFL est inférieure à celle des lampes à vapeur de mercure de 160W en termes de nombre d'individus (30-50% de moins), mais seulement un peu inférieure en terme de nombre d'espèces (peut-être 10-20% de moins). Cependant, la comparaison des deux types de lampes est difficile à mesurer expérimentalement car lorsqu'elles sont utilisées côte à côte, la lampe à vapeur de mercure va attirer quasiment tous les individus (biais artificiel dans les différences observées entre les lampes du fait de la mise en compétition). Le plus gros problème de ce type de lampes est qu'elles sont très sensibles aux chocs et des problèmes peuvent être rencontrés ne serait ce que pour les recevoir par la Poste. A ce niveau, je conseille les lampes de marque Wemlite car l'emballage ne permet pas à la lampe de bouger à l'intérieur et elles sont donc bien mieux protégées. Lors de leur utilisation sur le terrain, je conseille fortement de les protéger avec une protection solide. Pour cela, j'ai détourné un distributeur en métal de boules de graines pour oiseau de son utilisation initiale. J'ai découpé le fond pour y fixer une douille E27 à la place. La lampe est alors parfaitement protégée des chocs. Il est aussi utile d'entourer la lampe d'un filet en tulle pour éviter que des insectes se coincent entre les tubes de la lampe et y cuisent.

Le drap et le phare

Tout le monde a déjà vu l'utilisation d'un drap vertical avec une lampe à vapeur de mercure à la télévision. En fait, il faut un drap vertical qui sert d'"écran" éclairé par la lampe et reste plutôt optionnel et, beaucoup plus important, un drap à terre de 2 ou 3m de côté. Un grand drap est toujours préférable, mais au delà d'une certaine taille, il devient plus difficile d'en retirer tous les insectes à la fin des observations. Ce drap horizontal sert d'écran de réflection à la lumière, mais aussi à voir les papillons posés par terre car il n'est pas aisé de les retrouver sur le sol ou la végétation, même sur une pelouse rase et on a alors vite fait de marcher dessus accidentellement. Il est préférable de choisir les draps en coton blanc pour optimiser la réflection de la lumière UV. C'est une bonne méthode qui a fait ses preuves mais qui nécessite de rester présent tout le temps d'observation.

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Figure 3 : Mon premier système "phare" avec un tube actinique 8W dans sa protection d'origine. Je conseille de supprimer la protection plastique transparente pour que le tube soit à nu et utiliser des embouts étanches du commerce aquariophile pour protéger les branchements.

L'utilisation d'un drap vertical est très aisée en forêt où il suffit de tendre une corde entre deux arbres pour y suspendre le drap. En prairie, il est souvent possible de mettre en place deux piquets pour y tendre une corde et le drap. Un kit de filet de badmindton détourné de sa fonction première peut alors être très utile. Cependant, si le sol est dur (par exemple dans une carrière ou sur des coteaux calcaires), il devient vite compliqué à mettre en place et de planter des piquets dans le sol. J'ai également pu remarquer, mais peut-être que d'autres me contrediront, que les papillons ont tendance à être assez nerveux sur un drap vertical car ils ont parfois du mal à s'y poser. De plus, la lampe étant située à 20-30cm, voire plus, du drap, les papillons ont tendance à tourner autour et essayer de se poser dessus plutôt que sur le drap.

Je me suis très rapidement tourné vers un système de "phare". J'en ai utilisé plusieurs versions. La première était constitué d'un tuteur Pinnups de la marque Peacock Garden Supports détourné de sa fonction. Une tige centrale métallique de 1m50 portait un anneau de 30cm de diamètre à son sommet et un autre à sa base plaqué contre le sol. La lampe est accrochée à mi-hauteur sur le tuteur et un drap en tulle est tendu entre les deux anneaux pour former une sorte de tube vertical. Il faut prendre soin de fermer l'ensemble sur le dessus à l'aide du drap en tulle. Un tel système fermé permet d'emprisonner les papillons trop nerveux, le temps qu'ils se calment et s'endorment sur le tulle. Ils s'abîment moins ainsi que si on les met dans une boîte en plastique.

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Figure 4 : Mon système actuel "phare-pyramide" avec le duo tube actinique 8W/tube lumière noire 8W.

Ce système m'a toujours procuré satisfaction et est totalement indépendant de la présence d'arbres. Il nécessite cependant un sol meuble assez profond pour y planter le tuteur. Pendant plusieurs années, j'utilisais un pied de parasol rempli de deux ou trois litres d'eau sur les sols trop durs ou pas assez profonds. Cependant, ça reste assez instable (surtout s'il y a du vent) et lourd à porter.

Depuis 2010, j'ai troqué mon "phare" contre ce que j'appelle un "phare-pyramide". J'utilise 3 tuteurs Pinnups de la marque Peacock Garden Supports de 1m75 de long. Je relie leur sommet à l'aide d'un fil de fer et des attaches plastiques des tuteurs (celles utilisées pour les anneaux), afin de former le squelette d'une pyramide à 3 côtés. Je suspends ma lampe à l'intérieur à l'aide du fil de fer et je recouvre le tout avec une grande toile de tulle. Je peux ainsi toujours emprisonner les papillons nerveux à l'intérieur. Le gros avantage est que je peux me placer n'importe où. Il suffit de poser le système sur le sol et je peux donc m'installer sur les zones rocheuses des carrières ou des coteaux calcaires. Comme je peux régler la position des attaches plastiques à volonté, je peux ajuster la hauteur de chaque tige et me placer en terrain très pentu.

Le coût du système "phare-pyramide" avec deux tubes 8W, une batterie 12V, 12Ah et un chargeur de batterie revient à environ 170? tout compris. Ma plus vieille batterie a fonctionné pendant 10 ans. Mon plus vieux tube a aussi duré 10 ans sans signe apparent d'usure, jusqu'à ce que je le casse accidentellement. Cependant, j'ai totalement vidé une batterie de deux-trois ans par accident et elle n'a plus jamais fonctionné après.

Les pièges lumineux

Lorsqu'on ne peut/veut pas passer ces nuits à chercher des papillons de nuit, on peut utiliser des pièges que l'on met en place le soir et qu'on récupère le lendemain matin. Il en existe de nombreux modèles différents. Les plus connus sont les pièges de Skinner, de Heath, de Robinson et de Tavaillot. Généralement, il s'agit d'un contenant (par exemple une boîte métallique ou un seau) avec une ouverture sur le dessus, généralement en forme d'entonnoir. A l'intérieur on place des cartons à oeufs vides pour fournir des abris aux papillons et les inciter à rester à l'intérieur. On peut aussi en placer à l'extérieur du piège. La lampe est placée au dessus de l'ouverture, avec éventuellement des ailettes blanches. Les papillons sont attirés par la lampe, se cognent dessus et tombent dans le piège.

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Figure 5 : Piège de Heath, avec tube actinique 8W.

J'ai utilisé pendant un an un piège de Heath (Heath, 1965) en complément de mon "phare-pyramide". C'est un piège utilisant un tube actinique de 8W. Le contenant est un seau en plastique blanc. Ce genre de piège peut donner de très bons résultats, mais j'ai personnellement souvent été déçu par mon piège. En effet, le rendement varie de 0 à environ 30% de ce que j'observe avec le "phare-pyramide". Je pense que c'est dû à deux raisons. D'une part, de nombreux papillons tournent autour du piège sans y entrer. D'autre part, nombre de ceux qui y entrent, ressortent presqu'aussi vite. Cependant, le fait de le placer à un endroit différent et si possible même dans un milieu différent, m'a souvent permis d'observer des espèces qui ne sont pas venues sur le "phare-pyramide", et ainsi compléter l'échantillonnage. Je n'ai pas encore essayé les autres types de piège proposés dans le commerce, mais il semble que le piège le plus efficace soit le piège de Robinson équipé d'une lampe à vapeur de mercure de 125W.

En 2011, je me suis construit un piège Tavoillot (à fabriquer soi-même car, à ma connaissance, non commercialisé) qui donne de très bons résultats, tout à fait comparables à ceux obtenus avec mon "phare-pyramide". Il s'agit d'une caisse dont les parois sont constituées de tulle ou de moustiquaire avec des fentes pour permettre l'entrée des papillons, tout en les empêchant de sortir. La lampe est placée à l'intérieur avec des cartons à oeufs. Des plans de montage sont disponibles ici, ici, ici et encore ici. Ce piège démontable a aussi l'avantage d'être facilement transportable et d'encombrement réduit.

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Figure 6 : Piège de Tavoillot, avec tube actinique 8W.

Les autres pièges sont également assez faciles à construire, en particulier le piège de Skinner. Autrement, la plupart sont disponibles dans le commerce à des tarifs parfois très élevés. Il est bon de bien comparer les prix avant de commander et de réfléchir s'il n'est pas mieux de construire soi-même son piège. Il est bien aussi de se renseigner sur l'efficacité des pièges avant d'investir. Dans mon cas personnel, mon piège de Heath ne ressortira probablement plus de mon grenier, tant il est peu efficace comparé au piège Tavoillot. A noter que l'on peut acheter la partie électrique du piège séparément (montages électroniques, cables, lampes) et construire le reste du piège soi-même si on n'a pas le matériel nécessaire à la réalisation des montages électroniques.

Parmi les fournisseurs, on peut citer :

En Belgique/France :Mauna Kea
En Angleterre : Anglian Lepidopterist Supplies
Watkins and Doncaster
Worldwide Butterflies
The Entomological Livestock Group
NHBS
En Allemagne :Bioform
Aux Etats-Unis : Leptraps
En Espagne :Entomopraxis
En HollandeVermandel Entomologie Speciaalzaak

Le but d'un piège est avant tout d'échantillonner les papillons de nuit sans passer ses nuits dehors. On peut utiliser un interrupteur crépusculaire automatique ou un minuteur pour préserver les batteries. Il n'est alors pas indispensable de venir dès l'aube pour débrancher la lampe. On peut aussi placer le piège dans l'après-midi et il s'allumera tout seul le soir venu. Des interrupteurs crépusculaires sont diponibles chez les fournisseurs cités ci-dessus, mais restent chers. Personnellement, j'ai trouvé l'équivalent en montage à souder soi-même pour un prix beaucoup plus intéressant (une dizaine d'euros) dans des boutiques d'électronique sur internet.

Comment observer les papillons de nuit ?
Partie 2