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Comment observer les papillons de nuit ?
Partie 2

Comment observer les papillons de nuit ?
Partie 1


La miellée

Pour certaines espèces, comme les noctuelles des genres Catocala, Apamea lithoxylea ou Scoliopteryx libatrix, la lumière n'est généralement pas très efficace pour les attirer. Une alternative est de les attirer avec un mélange très odorant de substances sucrées et alcoolisées que l'on nomme miellée. On badigeonne au pinceau des troncs d'arbres à 1m50 de hauteur sur une surface d'environ 20cm par 30cm. Il est aussi possible d'enduire des cordes de lin ou des serpièresavec le mélange et les disposer sur la végétation. Par contre, le mélange est inefficace s'il est disposé sur le sol ou sur une paroi rocheuse. L'idéal est de mettre en place la miellée en fin de journée, avant le coucher du soleil pour que l'odeur ait le temps de diffuser dans l'atmosphère.

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Figure 7 : Satellite, Eupsilia transversa, se gavant sur la miellée.

Il n'y a pas vraiment de recette et beaucoup de personnes utilisent ce qu'ils ont sous la main pour préparer leur miellée. La base est toutefois toujours la même : des fruits très mûrs (bananes, poires, melons, etc...), du sucre (sucre de canne ou vergeoise) et de l'alcool (bière forte, rhum). On peut y ajouter du vinaigre de vin, de la mélasse ou des sirops aux fruits. Il faut privilégier les produits naturels et éviter les produits trop artificiels. Si le mélange est trop liquide, on peut l'épaissir avec de la maizena.

Cette méthode est très efficace pour nombre de noctuelles. Par contre, elle est évidemment inefficace pour les bombycoïdes (Saturniidae, Lasiocampidae, Lymantridae, etc...) qui ne se nourrissent pas à l'état adulte. Elle est donc complémentaire des méthodes basées sur la lumière.

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Figure 8 : Satellite, Eupsilia transversa, se gavant sur la miellée.

La recherche sur les troncs en hiver

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Figure 9 : Femelle d'hybernie hâtive, Agriopis marginaria. Les femelles de cette espèce hivernale ne volent car elles ont des ailes atrophiées. La seule façon de les trouver est de les chercher à la lampe sur les troncs.

Chez certaines espèces de papillons, notamment les géomètres hivernales, les femelles possèdent des ailes atrophiées et ne volent pas. Ces espèces vivent au dépens de nombreuses espèces d'arbres et arbustes et les chenilles se nymphosent dans la littière forestière. Après leur émergence, les femelles vont grimper sur les troncs d'arbres et y attendre l'arrivée des mâles qui, eux, possèdent des ailes normalement développées et volent à la recherche des femelles. C'est au moment où les femelles se trouvent sur les troncs qu'elles sont les plus faciles à trouver. Il suffit de les chercher à la lampe frontale ou avec une torche en inspectant les troncs des gros arbres le long des allées forestières. Généralement, on y observera aussi beaucoup de mâles en train de se reposer. Il s'agira essentiellement de Operophtera brumata et O. fagata, Erannis defoliaria, des espèces du genre Agriopis, Phigalia pilosaria et des espèces du genre Theria. A noter que les mâles Agriopis marginaria ne sont pas ou peu attirés par la lumière et qu'il faut donc les chercher sur les troncs, tout comme les femelles. En fait, l'utilisation de l'attraction lumineuse n'est pas très utile pour observer les géomètres hivernales et une simple ballade nocturne peut permettre d'observer des centaines, voire des milliers d'individus en l'espace d'une ou deux heures. Par contre, la miellée est toujours utiles pour observer les noctuelles qui hivernent, telles que Scoliopteryx libatrix, Eupsilia transversa ou les espèces du genre Conistra.

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Figure 10 : Groupe de mâles de cheimatobies hiémales, Operophtera brumata, posés sur un tronc. De tels rassemblements sont fréquents et on observe habituellement plusieurs mâles posés sur chaque tronc d'arbre en plein coeur de l'hiver.

Autres méthodes

Je n'ai parlé jusqu'à présent que des méthodes d'observations des papillons durant la nuit. Cependant, il ne faut pas oublier qu'un certain nombre d'espèces s'observent également de jour. C'est notamment le cas des mâles Petit Paon de Nuit (Saturnia pavonia), Bombyx du Chêne (Lasiocampa quercus) et Hachète (Aglia tau) qui volent de jour, contrairement à leurs femelles qui sont elles bien nocturnes. D'autres espèces, comme le Lambda (Autographa gamma) s'observent aussi bien de jour que de nuit. Enfin, plusieurs espèces de papillons dits "de nuit" (en fait des macro-hétérocères) volent uniquement de jour : la Panthère (Pseudopanthera macularia), la Géomètre à Barreaux (Chiasmia clathrata), la Doublure Jaune (Euclidia glyphica) ou le Moro-Sphinx (Macroglossum stellatarum).

Les prospections de jour avec un filet à papillons sont donc nécessaires. On peut également attirer les mâles bombycoides (par ex. Petit Paon de Nuit, Bombyx du Chêne et Hachète) avec des femelles vierges placées dans des cages grillagées. En effet, les femelles de la plupart des papillons nocturnes attirent les mâles avec des phéromones. Des phéromones artificielles et des pièges sont également disponibles pour certaines espèces, notamment les sésies (diurnes) et les ravageurs forestiers comme le Disparate (Lymantria dispar).

Il est souvent possible aussi de surprendre des petites espèces nocturnes, en particulier de Geometridae en battant la végétation de jour. A la campagne, il est toujours intéressant aussi d'inspecter les environs des éclairages publics, en particulier ceux utilisant des tubes fluorescents, pour y découvrir des papillons de nuit endormis. Les éclairages des villes n'attirent par contre généralement que très peu d'individus.

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Figure 11 : Chenille de bombyx du chêne, Lasiocampa quercus. On trouve assez souvent ces grosses chenilles au printemps sur divers arbustes. Leur élevage permet d'obtenir des femelles vierges qui peuvent servir à attirer des mâles.

Faute de pouvoir observer toutes les espèces à l'état imaginal, il est important également de rechercher les chenilles, aussi bien de jour que de nuit. On peut utiliser un parapluie japonnais et battre la végétation pour y faire tomber les chenilles. Avec un peu d'expérience, la recherche visuelle peut aussi donner de bons résultats, surtout la nuit lorsque les chenilles sortent de leur cachette pour se nourrir. Cela permet notamment d'obtenir des individus adultes en parfait état et de déterminer sur quelle espèce de plante vit telle espèce de papillon. La recherche des chenilles est d'ailleurs la méthode la plus efficace pour certaines espèces, comme la rare et protégée Laineuse du Prunellier (Eriogaster catax).

La photographie de nuit

Pour la plupart des espèces de papillons de nuit, une bonne photographie suffit à les identifier. Cependant certaines espèces nécessitent la dissection des pièces génitales pour établir une identification exacte. Certaines espèces étant rares ou protégées par la loi, il est fortement déconseillé de les capturer pour les mettre en collection ou les disséquer. Personnellement, je ne capture aucun spécimen sans une bonne raison de le faire (par exemple un inventaire à but scientifique qui exige d'identifier clairement et sans ambiguité toutes les espèces) et je me contente de prendre les animaux en photo. Cela me permet de garder une archive des espèces observées afin de réaliser de futures ocomparaisons ou vérifier des identifications douteuses.

La macrophotographie de nuit est cependant très contraignante. On retrouve évidemment toutes les contraintes rencontrées de jour (faible profondeur de champs, luminosité faible liée à l'utilisation d'une petite ouverture, risque de bougé) en plus des contraintes liées à l'obscurité. L'autofocus, déjà peu efficace de jour en macrophotographie devient totalement inopérant dans l'obscurité. Le flash a souvent tendance à brûler les photos. S'il ne s'agit pas d'un flash annulaire, il provoquera en outre des ombres très marquées et un éclairage très mal réparti car venant d'une seule source. En outre, il ne résout pas vraiment le problème de la mise au point dans le noir.

La première bonne alternative pour compenser le manque de lumière est l'utilisation d'un flash annulaire. Je ne m'étendrai pas sur ce type de flash car je n'en ai jamais utilisé car ces systèmes sont très onéreux. Il existe des sources lumineuses permanentes, appelées à tord "flash annulaire", qui sont constituées d'un "anneau" de LED. L'ensemble se fixe sur l'objectif et assure un éclairage permanent comparable à ce qu'on aurait avec un vrai flash annulaire. Cependant, si on est trop près du sujet à photographier, seul le tour de la photo sera correctement éclairé et le centre restera plus sombre. Il faut pouvoir garder une distance d'au moins 10-15 cm pour avoir des bons résultats.

Depuis l'année passée, j'utilise deux éclairages permanents à LED. Il s'agit de boîtiers contenant plusieurs LEDs (64 dans mon cas, mais les modèles plus petits conviendraient tout aussi bien) et fonctionnant sur piles AA (2 heures d'autonomie). Un boîtier est placé de chaque côté de l'appareil photo, ce qui permet d'avoir une lumière assez homogène. On peut les orienter plus ou moins directement vers le sujet à photographier et ainsi compenser les problèmes de reflets sur les écailles des papillons. Ces boîtiers permettent en outre de faire la mise au point comme en plein jour. Le seul inconvénient (outre leur autonomie limitée) est que ces éclairages puissants peuvent effrayer certaines espèces et rendre plus difficile l'après préliminaire à la photo. Accessoirement, j'utilise ces boîtiers pour observer ce qui se passe autour de moi lorsque j'entends un animal arriver. Ils ont en effet une portée d'éclairage de plusieurs mètres et peuvent même permettre de photographier des animaux à quelques mètres de distance.

Où et quand chercher les papillons de nuit ?

Où ?

On peut trouver des papillons de nuit quasiment partout. Depuis les dunes jusqu'en haute montagne, depuis les zones les plus sauvages jusqu'au centre des plus grandes villes, depuis les marais jusqu'aux zones les plus arides. Cependant, plusieurs facteurs favorisent une grande diversité et une forte abondance des papillons de nuit. En premier lieu, la végétation détermine quelles espèces peuvent être présentes. En effet, si sa plante-hôte n'est pas présente, il est inutile d'espérer y rencontrer telle espèce de papillons. Inutile d'espérer trouver un sphinx du pin Sphinx pinastri dans une forêt de chênes. Il lui faut des conifères, et en particulier des pins pour nourrir ses chenilles. S'il n'y en a pas, point de salut. Puisqu'on a des cortèges d'espèces de plantes différents selon les milieux, on aura également des cortèges d'espèces de papillons différents selon les milieux. Une ripisylve plantée de peupliers n'hébergera pas les mêmes espèces qu'une chênaie-charmaie ou qu'une pinède. Un coteau calcaire n'hébergera pas non plus les mêmes espèces qu'un marais. La structure de l'habitat joue également un rôle quoique beaucoup moins important. Ainsi, le petit paon de nuit Saturnia pavonia se rencontrera principalement en milieu ouvert (landes, haies, lisières forestières) mais très peu au coeur des forêts, même si ses plantes-hôtes (notamment les ronces) y poussent. Il est donc important de s'intéresser à tous les types d'habitats présents dans une zone donnée si on veut y échantillonner toutes les espèces de papillons de nuit. Il est toujours étonnant de voir qu'on n'observe pas les mêmes espèces dans une prairie et dans un bois pourtant séparés de quelques dizaines de mètres seulement.

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Figure 12 : Une pinède constitue un habitat favorable pour les espèces associées aux pins, comme le sphinx du pin, Sphinx pinastri, mais n'hébergera pas ou peu d'espèces associées aux feuillus comme le sphinx du peuplier, Laothoe populi.

Un corollaire est que plus un milieu héberge d'espèces de plantes différentes, plus il est susceptible d'héberger un grand nombre d'espèces de papillons de nuit. Il est clair qu'une forêt mixte plantée de chênes, hêtres et de pins hébergera les espèces qui peuvent se développer sur ces trois espèces, tandis qu'une pure pinède n'hébergera que les espèces qui vivent sur le pin. On pourra également observer des espèces issues de milieux différents à l'interface entre ces milieux, comme au niveau des lisière forestières, ou à la limite entre un marais et la prairie sèche d'une colline.

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Figure 13 : Une zone humide en forêt de Nieppe. Un tel milieu est très attractif, car on y trouvera non seulement les espèces forestières liées aux arbres environnants (chênes, charmes, hêtres, peupliers, érables, etc...) mais aussi peut-être des espèces liées aux plantes des berges (saules, aulnes, cardamines, cardères, roseaux, etc...). Le sous-bois, dont les strates herbacées (orties, ronces, graminées, gaillets, etc...) et arbustives sont riches (noisettiers, houx, sureaux, etc...) permettront également la présence de tout un cortège d'espèces.

Il ne faut pas négliger le milieu urbain ou péri-urbain. En effet, les pesticides y sont plutôt rares et les parcs et jardins peuvent héberger de nombreuses espèces (jusqu'à quelques centaines). On peut y trouver des vieux vergers qui abritent parfois des espèces rares. Cependant, les éclairages des villes limitent souvent fortement l'efficacité de l'attraction lumineuse. Les pelouses entourées de thuyas ne sont par contre évidemment que très peu favorables aux papillons.

Par conséquent, on peut se placer à peu près n'importe où, mais plus il y a de biodiversité végétale, plus on pourra espérer voir d'espèces différentes de papillons de nuit. Il convient cependant d'éviter de se trouver au milieu d'un champs de mais ou d'autres monocultures intensives chargées en pesticides. Il faut aussi se tenir à l'écart de toute source lumineuse telle qu'éclairages publics ou industriels, qui limitent fortement l'efficacité de l'attraction lumineuse.

Quand ?

Contrairement aux idées reçues, il y a des papillons de nuit toute l'année, y compris au coeur de l'hiver. Certes, il y a plus de 20 fois plus d'espèces qui volent en juillet qu'en janvier en France, mais chaque mois de l'année comporte son propre ensemble d'espèces qu'on n'observe pas le reste de l'année. Ainsi, les espèces observées en janvier n'ont elles rien à voir avec les espèces estivales, ni même avec celles qui volent en avril. Des échantillonnages effectués sur un même site à un mois d'intervalle, tout au long de l'année, mèneront à coup sûr, tous, à des observations très différentes.

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Figure 14 : Abondance des papillons de nuit en nombre d'espèces, au cours de l'année en France. Les courbes rouge, noire et bleue représentent, respectivement, les moyennes des températures maximales, moyennes et minimales de chaque mois.

Il est donc important de ne négliger aucune saison de l'année. D'ailleurs, mes sorties nocturnes hivernales font partie de mes sorties les plus mémorables, avec des centaines, voire des milliers de papillons en seulement 2 ou 3 heures d'observations, alors que je n'observe que rarement plus d'une vingtaine d'individus au début du printemps, et rarement plus de 100 ou 150 début juillet avec mon matériel.

La lampe ou le piège lumineux doivent être allumés au plus tard 30 minutes après le coucher du soleil. Les espèces crépusculaires commencent en effet à voler à ce moment là. L'efficacité de l'attraction lumineuse étant très relative tant que le ciel est lumineux, il faut les chercher à vue et les attrapper au filet. Généralement, les espèces nocturnes n'arrivent sur la lampe qu'une heure et demi voire deux heures après le coucher du soleil, parfois encore plus tard. On observe habituellement une forte activité pendant une à deux heures, puis un ralentissement plus ou moins progressif de l'activité des papillons jusqu'à l'aube. Il faut cependant noter qu'un certain nombre d'espèces ne viennent à la lumière que très tard dans la nuit, parfois seulement après 2 ou 3 heures du matin. C'est le cas par exemple du Sphinx du peuplier Laothoe populi qui n'arrive que rarement avant 1h30 du matin sur la lampe. Il est donc important de rester tard si on veut observer toutes les espèces présentes sur un site.

Dans quelles conditions ?

La météo joue un rôle particulièrement important dans le succès d'une sortie nocturne. Un temps très défavorable peut réduire à néant tout espoir de voir des papillons, particulièrement au printemps. D'une manière générale, plus la température est élevée, plus on verra de papillons. Contrairement aux papillons de jour, un temps nuageux est généralement très favorable aux papillons de nuit, car il favorise un bon effet de serre qui empêchera la température de chuter trop vite durant la nuit. A l'opposé, un ciel étoilé sera donc défavorable car la température baissera plus vite. Je pense d'ailleurs que la vitesse à laquelle baisse la température est plus importante que la température elle-même. Une chute brutale de l'ordre de 2 ou 3 degrès en moins d'une heure aboutira généralement à une inactivité totale des papillons durant la nuit. A ce propos, j'ai pu constater qu'en avril, plus rien ne vole lorsque la température descend en dessous de 7°C, alors qu'en janvier les espèces hivernales sont toujours très actives même à une température de seulement 3 ou 4°C et pouvaient même être observées à 1°C. Les espèces estivales sont certainement plus exigeantes.

J'ai souvent lu que la pluie défavorisait l'activité des papillons de nuit. En fait, j'ai souvent pu constater qu'au moins une partie des espèces restaient actives sous la pluie, tout au moins tant qu'elle n'est pas trop forte et qu'elle n'est pas associée à une forte baisse de température. Par contre, je suis à peu près sûr qu'elle inhibe beaucoup la motivation à sortir la nuit des amateurs de papillons... Le vent est également un facteur négatif qui dissuade les papillons de voler. Une zone abritée du vent peut toutefois permettre de faire de nombreuses observations par temps venteux. Un vent du sud ou du sud-ouest est toutefois plus favorable qu'un vent du nord ou de l'est car il amène des migrateurs du sud.

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Figure 15 : Un ciel dégagé et la lune sont des facteurs limitant le succès d'une sortie papillons nocturnes.

Le cycle lunaire est également à prendre en compte. En effet, la Pleine Lune limite l'efficacité des lampes, sans toutefois la supprimer totalement. La Pleine lune est visible toute la nuit et donc la phase lunaire la plus préjudiciable. La Lune décroissante est moins génante, surtout la dernière semaine du cycle lunaire car elle précède le Soleil dans le ciel. Elle est donc invisible les premières heures de la nuit lorsque les papillons sont les plus actifs et se lève plus tard dans la nuit. Par contre, la Lune croissante est plus génante (surtout la deuxième semaine du cycle lunaire) car elle suit le Soleil dans le ciel. Elle sera donc assez haut dans le ciel en tout début de nuit et disparaîtra alors que l'activité des papillons décroit. On peut limiter le problème en se plaçant dans un milieu fermé (en forêt ou derrière une haie dense d'arbres).

Pour résumer, les conditions idéales sont une journée chaude et ensoleillée (tout au moins en été), suivie d'une nuit nuageuse, avec un vent léger du sud, une température stable et une Nouvelle Lune. La pire situation est une journée froide, pluvieuse suivie d'une nuit claire et venteuse avec un ciel étoilé et une pleine lune.

Sécurité

Les lampes à vapeur de mercure et les tubes fluorescents actiniques émettent dans le spectre visible et les UV-A (315-400nm). Ces derniers sont potentiellement dangereux, plus particulièrement chez les enfants. Ce sont ces UV-A qui nous font bronzer. Ils perturbent le métabolisme cellulaire, favorisent le vieillissement de la peau et sont suspectés de provoquer des cancers de la peau. Les UV-A sont dangereux pour les yeux des enfants dont le cristallin ne joue que partiellement son rôle de filtre. 90 % des UV-A atteignent la rétine chez le nourrisson et encore 60 % avant l'âge de 13 ans. Chez l'adulte de plus de 20 ans, le cristallin arrête la presque totalité des UV-A (source Wikipedia). Lors de l'utilisation de lampes à vapeur de mercure, qui émettent beaucoup d'UV, il est conseillé d'utiliser des lunettes de protection anti-UV, à tout âge.

Il est également conseillé d'éviter de sortir seul la nuit pour observer les papillons de nuit. Personnellement, j'évite de m'installer seul dans les parcs urbains ou péri-urbains. Après 7 ans de sorties nocturnes, je n'ai jamais eu de problème, même à Vancouver (Canada), alors que plusieurs meurtres avaient été commis récemment dans les parcs forestiers autour de la ville. Mais il vaut mieux être prudent. Le plus gros risque ne vient pas tellement de la faune sauvage, particulièrement en Europe de l'Ouest où il n'y a pratiquement plus de gros prédateurs, mais plutôt du risque d'aggression par des humains, même si les délinquants sont peu fréquents dans les zones sauvages à l'écart des villes. Généralement, je m'arrange pour être discret et à l'écart des habitations et des axes de circulation afin de ne pas attirer l'attention. Mais encore une fois, après plus de 150 sorties nocturnes, personne ne m'a jamais aggressé. Tout au plus, les gens sont curieux de savoir ce que je fais, croient que des extra-terrestres ont débarqué ou le propriétaire veut seulement s'assurer que je ne mets pas le feux à sa prairie. Il est également important d'obtenir les autorisations nécessaires avant de s'installer quelque part (terrains privés, réserves naturelles, accès interdits de nuit, etc). En France, il est notamment interdit de déranger la faune sauvage la nuit avec des éclairages et une autorisation est donc nécessaire.

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Figure 16 : Un visiteur de nuit. Cette chevrette est venue d'elle même et à deux reprises à ma rencontre. Elle s'est approchée jusqu'à une distance de 4 ou 5 m par curiosité et visiblement sans grande crainte.

Niveau faune sauvage, il y a très peu de danger en France. Le seul bémol concerne peut-être les ours dans les Pyrennées. Je n'ai aucune idée de comment ils se comporteraient face à un amateur de papillons en pleine nuit. J'ai déjà pu constater à maintes reprises que les animaux sont moins craintifs la nuit que le jour, surtout face à une personne qui ne bouge pas ou peu et n'est souvent pas reconnue comme une menace potentielle. A plusieurs reprises, des chevreuils n'ont pas hésité à s'approcher de moi à une distance de seulement 4 ou 5 m. Les animaux sont souvent éblouis par la lampe et ne voient pas ce qui se passe autour. Une fois, un lapin est même venu directement jusqu'à une dizaine de centimètres de mes pieds, avant de se rendre compte qu'il était face à un humain. Je ne saurai dire qui était le plus surpris des deux... J'imagine qu'un ours, animal curieux par excellence, risque d'être attiré par la lumière (inhabituelle la nuit pour lui) et ne pas voir qu'un humain se trouve à côté à cause de l'éblouissement provoqué par la lampe. Une telle situation présente un fort risque de charge, voire d'attaque véritable par l'ours. Les règles de sécurité vis à vis des ours doivent donc être parfaitement respectées là où ils sont présents (faire du bruit, être au minimum à 4 personnes, etc...). Les loups, les sangliers et les autres animaux ne présentent aucun danger.

Enfin, pour les personnes allergiques au venin d'hyménoptères, il faut savoir que les lampes n'attirent pas que des papillons et que l'été il est fréquent d'attirer également des frelons, bien qu'ils ne soient pas aggressifs.

Conclusion

L'observation des papillons de nuit fait appel à des méthodes diverses et complémentaires, toutes assez faciles à mettre en oeuvre. On ne sait jamais exactement ce qu'on observera lorsqu'on installe sa lampe quelque part. Il y a évidemment des espèces auxquelles on peut s'attendre de manière quasi sûre selon le milieu, mais il y a aussi toujours une ou plusieurs surprises : une nouvelle espèce pas encore recensée dans la région, une espèce rare qu'on n'avait pas vue depuis quelques années, une espèce qu'on ne pensait pas trouver là... Avec plus de 1600 espèces en France (plus de 900 en Belgique), il faut plusieurs années avant d'avoir fait le tour de toutes les espèces (et encore si cela est possible !). Après 7 ans, je découvre encore très régulièrement des espèces que je n'avais pas encore eu l'occasion de voir auparavant. La grande diversité des espèces et leur beauté, tant par leurs formes que leurs couleurs, est une source d'émerveillement permanent et l'observation des papillons de nuit peut vite devenir une drogue. C'est en plus l'occasion de découvrir les zones sauvages d'une manière inhabituelle et d'y entendre des cris et des bruits que l'on n'entend habituellement pas de jour.